grenoble_ancienne route de lyon_de nos jours


les gosses de la route…

extraits du livre publié par Serge BORGONDO en Janvier 2001

 

JE ME SOUVIENS, page 233

 

Ou plutôt, je ne me souviens plus très bien ! Ce rappel d’un passé de plus de soixante ans, étant, dans une grande majorité, le fruit de ma mémoire, les imprécisions ou contrevérités doivent être nombreuses.

Pour la même scène, vécue par plusieurs gamins, chacun de nous en a gardé un petit morceau. Mais personne n’a gardé, dans sa tête, le même instant, le même morceau. C’est la mémoire. On a chacun la sienne.

Sur les photos, là, il n’y a aucune erreur. C’est bien la Route de Lyon, et les gosses qui y figurent. Encore faudra-t-il vous reconnaître !

J’ai décidé de terminer par cette formule, plus rapide et plus simple à transcrire.

Je me souviens…

Perli ou Perla, La Transhumance, Les Livreurs, Les Zazous, Le Peigne, Le Pain Blanc, Les Bananes, Le Printemps, Le Daubé, L’Election, Les Copains, La Retraite, L’attrape Nigaud, Le Bois Fumant, Le Canabis, L’Obus, Les Soirs d’Eté, Les Patins à Roulettes, La Luge, L’Armure, Les Vélos de Course, Le Grand braquet, Le Cœur, Les Motos, Le Dernier Tramway, On sera bien, Ma mère, L’Equipe, La Pharmacie, Joseph, Antoine…

 

Perli ou Perla

Je me souviens des paroles de mon père ? Chaque fois que l’on croisait un enfant des nombreuses familles Perli, c’était toujours pareil. Perli ou Perla !

 

La Transhumance

Je me souviens de la transhumance des moutons. Ils passaient sous nos fenêtres. Ma mère réveillait mon petit frère Jean, pour qu’il assiste au spectacle.

 

Les Livreurs

Je me souviens des charrettes des livreurs, tirées par des chevaux. Charbonniers, limonadiers, glaciers. Les grands chapardaient des sodas, et les petits ramassaient les éclats de glaçons.

 

Les Zazous

Je me souviens des Zazous. Appellation des jeunes qui portaient une épaisse chevelure avec une raie derrière la tête.

 

Le Peigne

Je me souviens du petit peigne avec son étui. Fille ou garçon chacun le portait toujours sur lui.

 

Le Pain Blanc

Je me souviens du retour du pain blanc chez M. Desany le boulanger. J’ai couru chez moi avertir ma mère. Pendant la guerre, le Père Desany jurait tous les dieux de la terre. Les farines de maïs, et autres sous-produits qu’il pétrissait, lui collaient partout !

 

Les Bananes

Je me souviens du retour des bananes, chez M. Fanton, l’épicier. J’ai pris un couteau pour éplucher la première moitié de ce fruit.

 

Le Printemps

Je me souviens de ce grand concours de boules à l’Esplanade, le Printemps. Le deuxième en importance après Le 15 août.

Cette année là, quatre novices de la route de Lyon atteignirent la finale du tournoi cadet. La surprise fut énorme. Marcel Martignano, Ovide Borgondo, Robert Perrin et Georges Perli n’ont pas oublié.

 

Le Daubé

Diminutif de l’époque pour citer le journal local : Le DAUphiné LiBEré.

Appellation, aussi, un peu moqueuse et critique des lecteurs de la gauche.

Mais c’est vrai, qu’en 1945, ce Dauphiné, qui venait d’être Libéré, n’était pas encore Le Daubé.

 

L’Election

Mai 1974. Election présidentielle. Ce dimanche matin, jour du vote, le Dauphiné Libéré consacrait sa dernière page, toute en couleur, à l’élection.

Sous l’énorme titre QUI CHOISIR ? Deux grands portraits :

Valéry Giscard d’Estaing beau et lisse comme un jeune communiant. Les femmes ne pouvaient pas rester insensibles.

Et à coté, François Mitterand. Plus de noir que de couleur dans ce portrait, pour ne pas dire caricature. Les yeux cernés. Le sourire carnassier. Le jaune de ses dents virait par endroits au noir. Pauvre François !

Et j’ai pensé à ma mère. Simple et naïve comme elle était…

Sacré Maman ! Ce jour là, tu nous as peut-être fait perdre cette élection.

 

Les Copains

Chaque groupe d’âge, filles ou garçons, avait ses inséparables.

Charles, Hugues et René - Rita, Arlette et Gilberte…

Lucien Perli tentait l’aventure professionnelle au F.C. Grenoble. Avec Serge Bortolami, nous étions trois amis. Trois conscrits qui habitaient la même maison pour l’un et mitoyenne pour l’autre. Trois fils de "macaronis, ritals", ou autre appellation de l’époque. Les trois même parcours. De la maternelle à la guerre d’Algérie. Scolaires, professionnels, et sportifs. Champions cadets et finalistes juniors l’année suivante. Et en point d’orgue, le concours du jeune footballeur. 1er Perli - 2° Borgondo - et plus loin Bortolami.

 

La Retraite

Un Maire m’a conseillé la politique. Un professeur m’a parlé d’un amphi d’étudiants. Répondre à leurs questions sur mon vécu.

Retraité, je fais ce que j’aime, ce qui me plait ! Raconter des histoires, entre-autre.

Aîe ! Aîe ! mes oreilles… quand Danielle, mon épouse, va taper ça !

 

L’attrape Nigaud

Un portefeuille relié à un fil de pêche. Un enfant au bout du fil et dix autres gamins cachés eux aussi. Ils attendaient que le passant se baisse pour ramasser la fortune, et tirer sur le fil.

Un jour Lucien Perli pris place dans un égout en construction. Juste derrière la Casemate du Père Paillet. Un endroit rêvé pour ce jeu là. Un ouvrier du chantier est venu déverser un grand sceau d’eau. Le Lucien ! Trempé de la tête aux pieds ! Qu’est-ce qu’elle va dire ma mère !

 

Le Bois Fumant

Je me souviens du bois fumant, nos premières cigarettes. Une liane de même diamètre, avec un petit trou au centre pour aspirer.

 

Le Cannabis

Propos de mon fils Fabien.

Très en colère. Non, Fabien ! Tu ne planteras pas du cannabis dans le jardin !

Ensuite, avec calme et ironie. D’abord, à cette époque de l’année (c’était l’hiver) tes graines ne pousseront jamais. Il faudrait que tu les mettes dans un pot, mettre ce pot à la chaudière, bien surveiller, arroser…

Fabien, très en colère. Non ! C’est dans le jardin !

Les enfants, cela n’écoute jamais.

 

L’Obus

Je me souviens d’un obus trouvé sur le terrain du lavoir. Les Grands, après nous avoir sermonnés, l’ont jeté à l’Isère.

 

Les Soirs d’Eté

Je me souviens des soirs d’été. Les commerçants du coin, devant la boulangerie Desany, prenaient le frais. Sur la chaussée, ils avaient reconstitué un outil. Très beau, mais inutilisable, car cassé en deux. Bien calés sur leur fauteuil, ils rigolaient chaque fois qu’un cycliste s’arrêtait et le ramassait.

 

Les Patins à Roulettes

Je me souviens de la descente de Clémencières en patins à roulettes. Yvon Perli ne passait jamais le premier virage. Il s’éclatait contre le mur. Quel "gadin" !

 

La Luge

Je me souviens d’une descente de luge aux Fauvettes. Serge Bortolami et Robert Michon terminèrent leur course dans le ruisseau.

Certains jeunes montaient aux Fauvettes en chaussures basses et petits shorts en plein hiver.

 

L’Armure

Je me souviens du grand hangar à charrettes et diligences. Juste derrière l’entrée, une armure moyenâgeuse nous impressionnait.

 

Les Vélos de Course

Je me souviens des vélos de course. Chaque grand montait son vélo. Seule la couleur du cadre et de la guidoline variait. Chaque élément devait avoir une marque bien précise. Le cadre en Vitus, le dérailleur Campagnolo, la pompe Zefal, les cale-pieds Christophe… Honte à celui qui ne montait pas les marques recommandées.

 

Le Grand Braquet

Je me souviens d’un coureur cycliste. Mistral était un passionné de vélos. Toute sa conversation tournait autour des braquets pour le passage des cols.

Il est mort au col de l’Izoard. Sans doute un peu l’âge, mais, ce jour là, il avait dû monter avec un trop grand braquet.

 

Le Cœur

Je n’ai pas oublié. C’était mon beau frère, mon complice, le Docteur Jean-Paul Dalban. Mon cadet de deux ans. Son cœur s’est arrêté à quarante ans, en faisant du jogging. Pour un spécialiste de médecine sportive, c’est le monde à l’envers. Les trois médecins qui courraient avec lui n’ont rien pu faire. Quand un sportif de haut niveau s’effondre en compétition… Combien de personnes anonymes terminent leur vie, un dimanche matin, sur un vélo, un court de tennis, ou, comme Jean-Paul, dans un sous bois.

 

Les Motos

Je me souviens des motos que possédaient les plus Grands. La tranche d’âge avant la mienne. Sommacal et sa 350 Java. Jo Perli et sa 250 Puch, Gerbaud avait une 125 Gnome Rhone, et Imbert une 125 Terrot… Et bien sûr, le Père Charrière et le fils Burgraff, négociants en motos, qui traversaient constamment le quartier.

Après ce fut les scooters avec Alain Roche et d’autres aussi. J’ai moi-même possédé deux Vespa. Quelques jeunes roulèrent aussi en vélomoteurs.

Mais la fin des années 1950 annonça la grande invasion des vélos Solex.

Filles et garçons chevauchèrent pendant une vingtaine d’années, ce merveilleux et très pratique vélo motorisé.

 

Le Dernier Tramway

 

Je me souviens de Madame Pommier. Elle habitait le groupe d’immeubles Desany. Ce fut l’une des dernières contrôleuses des tramways, qui circulèrent jusqu’en 1952. Avec sa tenue de travail, elle portait, sur la poitrine, un petit appareil métallique qui poinçonnait les tickets. Les tramways remontaient toute la Route de Lyon jusqu’à Saint-Egrève, et peut-être même plus loin.

 

On sera bien

Je me souviens des paroles de ma mère. Elle me les rappelait souvent. Quand la guerre sera finie on sera bien ! Et moi, à l’entendre, je croyais qu’après la guerre il n’y aurait plus d’école. Ma guerre à moi, c’était l’école.

 

Ma mère

Dans ses derniers jours, je lui préparais de bons plats. Maman tu manges cela et tu meures (de plaisir). Elle a tout mangé !

Elle est morte comme elle a vécu. Discrètement sans déranger.

 

L’équipe

1954, finale cadet du championnat de l’Isère de foot.

F.C. Buisserate (de Saint-Martin-le-Vinoux) 3 - Lancey Sports 0.

J’avais ouvert le score et Lucien Perli marqua les deux autres buts. Combien de buts n’avons-nous pas marqués cette année là ! Trois défaites seulement dans l’année, coupes et championnat réunis.

Et quelle équipe ! Di Tomasso qui joua en professionnel, Perez et Muraveau sélectionnés du Dauphiné, Moro, qui devint plus tard ingénieur papetier. Avec Foglia, ils étaient les deux seuls habitants de la Buisserate, et Dumont, notre gardien que j’avais fait venir de l’école Guynemer. Les dimanches soirs toute l’équipe se retrouvait au cinéma Rex, rue Saint Jacques. Quel chahut ! Au grand dam des paisibles spectateurs.

 

La Pharmacie

Je me souviens des produits soignants, que nos mères nous administraient.

Le vermifuge lune - c’était pour les vers.

La vaseline goménolée - c’était pour le nez.

L’huile de foie de morue - ce n’était pas bon à avaler.

Et le quinquina - c’était pour nos parents. Apéritif médical qui les requinquait.

 

Joseph, Antoine, Le Grand Jo, et tutti quanti !

Je me souviens de cette interpellation avec un ancien. Un incontournable du quartier. Des personnages haut en couleur, il y en avait beaucoup Route de Lyon.

Pauvre con ! Au lieu d’écrire sur les patrons, tu ferais mieux d’écrire sur la Route de Lyon.

Voilà, j’ai essayé, mais surtout j’ai terminé.

  

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2018 05 15



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