orelle_ les temps d'avant


1892-1992

l'usine de Prémont 

Marie Hélène FONTAINE

 

Parce que la vallée de La Maurienne dispose d'un cours d'eau puissant et fougueux, elle va connaître, à partir de la fin du 19ème siècle, une aventure industrielle, celle de la houille blanche, qui va la métamorphoser en profondeur, dans tous les domaines.

 

En 1892, Mr Boucher, l'hydraulicien de la Société d'Electro-chimie (fondée à Paris en 1889), trouve à Prémont, dans ce fond de vallée où le soleil manque d'octobre à mars, les qualités industrielles qu'il recherche : une chute est aménageable et le terrain disponible. Capté par des conduites forcées, l'Arc permet d'alimenter des turbines produisant de l'électricité.

 

De plus, Prémont étant situé sur la voie de chemin de fer Paris-Rome, l'acheminement des matières premières, comme l'expédition des produits finis en sera facilité.

 

On trouve l'origine de Prémont en 1550. Dans son testament, le notaire Mathieu Traverse lègue à la confrérie du St Esprit "une pièce de pré assise au terroir d'Orelle, en pré Aymon". Ce "pré Aymon"  deviendra "Prémont".

 

L'annonce de la construction de l'usine est bien accueillie par la population d’Orelle, encouragée en cela par le maire et le curé. En cette fin de siècle, les habitants vivent pauvrement, essentiellement de l'agriculture de montagne, même s'il existe de petites industries : forges, papeteries, moulins… L'implantation de l'usine leur offre un débouché bienvenu, même si au départ, ils n'abandonnent pas le travail de la terre.

 

Dès mars 1893, un barrage sur l'Arc est construit, un tunnel de 2 300 m, ainsi qu’une chambre de mise en charge avec sa conduite forcée, la centrale hydro-électrique et l'usine chimique de 4 000 m2 de surface couverte.

 

Le 21 décembre 1893, la 1ère lumière électrique brille à Prémont.

 

Le chantier occupa 350 ouvriers et la production de chlorate démarre en mai 1894. Le 20 mai, le curé bénit l'usine, et le soir, un grand banquet réunit à St Michel-de-Maurienne autorités, constructeurs et personnel de la Société d'Electro-chimie.

 

La production chimique augmenta et se diversifia vite, avec, d'abord, le carbure de calcium, puis le permanganate de potassium, le perchlorate (le chlorate de soude est utilisé pour le désherbage, le blanchiment de la pâte à papier, le traitement par oxydation des minerais d’uranium, le chlorate de potassium est employé pour la pyrotechnie et la fabrication d’allumettes), l'aluminate de baryum et l'hydrure de calcium, le persulfate de sodium, le sodium, puis de 1907 à 1950, la fabrication de l'aluminium. Dès 1898, les premières 1 000 tonnes de chlorates sont dépassées. Le conditionnement se fait en fûts de bois fabriqués à St Michel par la société Guigaz, les femmes d'Orelle tissent les sacs de jute que l'on met à l'intérieur.

 

Progressivement les gens du pays, de cultivateurs, vont devenir cultivateurs-journaliers. Une fois leur travail à l'usine terminé, les ouvriers redeviennent cultivateurs.

 

Mais très vite, l'usine suscite la protestation des paysans voisins, le chlorate de soude démontrant ses qualités herbicides. En 1895, la Société d’Electro-chimie paye 6 000 francs d'indemnités et achète progressivement les champs des alentours. Les droits de passage sont souvent soldés en actions ou en obligations de la Société d'Electro-chimie. Un changement d'appareillage est effectué en 1896 pour limiter cette pollution. "Les problèmes étaient très graves. Le directeur avait à faire face à environ 200 paysans tous plus retords et verbeux les uns que les autres".

 

En 1912, les émanations nocives dégagées par l’usine interpellent les élus. Ils rappellent que l’exploitation de la forêt est une ressource importante pour la commune et que les dégâts sur les arbres sont importants. Une enquête impartiale menée sur les dégâts occasionnés révèle, qu’effectivement, les rejets de l’usine causent un préjudice certain à la végétation et à la forêt. La direction de l’usine offre de verser la somme de

1 000 francs à titre d’indemnité pour tous les dégâts, à partager entre la commune et le bureau de bienfaisance.

 

L'embauche sur place ne suffit pas à la bonne marche de l'usine, certains postes nécessitant des emplois qualifiés (chimistes, comptables, ...). La main d'œuvre étrangère est bienvenue. Le recensement de 1926 révèle l'installation sur la commune de 10 familles russes et celui de 1936 de 6 familles polonaises, en plus d'émigrés italiens.

 

La construction d'habitations ouvrières devient une nécessité. A Prémont, à La Denise, plus tard à Francoz, à Poucet, des constructions verront le jour, offrant à la population des logements décents. Certes, elles reflètent la hiérarchie professionnelle de l'entreprise : ingénieurs, agents de maîtrise et ouvriers n'habitent pas dans les mêmes immeubles !

 

Le procédé de l'électrolyse impose de ne jamais arrêter la chaîne de production. L'usine tourne 24h sur 24. Les produits manipulés sont dangereux. Ces conditions de travail favorisent l'essor d'une solidarité et d'une fraternité ouvrière importante. Des syndicats se créent, des revendications se font jour, des grèves ont lieu, sans que jamais le fonctionnement des cuves d'électrolyse ne s'arrête.

 

Une politique paternaliste est mise en place par les dirigeants :

 

- un dispensaire est créé dans l'enceinte de l'usine, que  fréquentent les familles d'ouvriers,

 

 

- une coopérative ouvrière est ouverte à Prémont,

 

- ainsi qu'un mess cantine.

 

Avec la création du comité d'entreprise, après 1945, des activités sociales (colonies de vacances, séjours familiaux), culturelles (bibliothèque, cercle artistique de Prémont, fanfare, séances récréatives, cinéma), sportives (ski club, union sportive de Prémont) se développent.

 

Les esprits s’ouvrent !

 

Incontestablement, le niveau de vie des cultivateurs d'autrefois s'est élevé.

 

Au 20ème siècle, l’histoire de Prémont est rythmée par des catastrophes :

 

- en 1944, les troupes allemandes en retraite détruisent une bonne part de l’équipement : la cité de la Denise, le pont ferroviaire, la centrale, la conduite forcée, le barrage et le magasin général. Les réparations durent 2 ans.

 

- en 1955, puis surtout en 1957, l’Arc déborde : la 1ère fois, la salle d’électrolyse est inondée, envahie de pierres et de boue, la seconde, la route et la voie ferrée sont coupées durant 3 semaines, les ouvrages hydro électriques très endommagés. On répare et la capacité de production est augmentée : les 20 000 tonnes par an de chlorates sont atteintes.

 

En 1966, le centre de recherche de Lyon monte à Prémont de nouvelles cellules prototypes avec des anodes en titane platiné et en titane revêtu d’oxyde de ruthénium. Le rendement atteint 95%. On peut considérer que c’est l’âge d’or de l’usine.

 

La société utilise l’expérience acquise à Prémont, pour installer au Brésil, une unité de production de chlorates de 10 000 à 20 000 tonnes par an.

 

Avec l’implantation en 1977 d’une première série de 50 électrolyseurs à anodes en titane activé, l’usine remporte la coupe des économies d’énergie de Péchiney-Ugine-Kulhmann !

 

L’usine compte avec 320 employés en 1939, 145 en 1967, 168 en 1974, 115 en 1982 et 65 en 1985.

 

Mais, avec la restructuration de la chimie, la redistribution des fabrications, la concurrence des pays scandinaves où l’énergie est moins chère, l’arrêt de l’usine semble inéluctable.

 

L’usine de Prémont ne fêtera pas son centenaire : la fabrication s’arrête en octobre 1991, la fermeture définitive aura lieu en 1992.

 

C’est un coup dur financier pour la commune avec la perte de la taxe professionnelle, et surtout humain, car la démographie est encore plus fragilisée.

 

Pour renaître, Orelle va désormais se tourner vers le tourisme et les sports d’hiver.

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2016 02 11

 

 

N

  

la fábrica de Prémont 

Marie Hélène FONTAINE

 

Porque el valle de La Maurienne posee un río potente y torrentoso, este conocerá, a partir del final del siglo XIX, una aventura industrial, la de la hulla blanca, que lo va a metamorfosear en profundidad, en todos los dominios.

 

En 1892, el Sr. Boucher, el especialista en hidráulica de la Société d’Electro-chimie (fundada en Paris en 1889) encuentra en Prémont, en este fondo de valle donde el sol se ausenta de Octubre hasta Marzo, los recursos industriales que él esta buscando: una caída de agua puede ser acondicionada y hay un terreno disponible. Captado por conductos, el río Arc permite alimentar turbinas produciendo electricidad.

 

Además, estando Prémont ubicado sobre la vía de ferrocarril Paris-Roma, tanto el encaminamiento de las materias primas, como el despacho de los productos elaborados serán facilitados.

 

Encontramos el origen de Prémont en 1550. En su testamento, el notario Mathieu Traverse, lega a la cofradía del Espíritu Santo "una haza de predio sentenda en el terruño de Orelle, en pré (pradio) Aymon". Dicho "pré Aymon" se convertirá en "Prémont".

 

El anuncio de la construcción de la fábrica es bien acogida por la población de Orelle, alentada por el alcalde y por el párroco. En este final de siglo, los habitantes viven de manera pobre, principalmente de la agricultura de montaña, incluso si existen pequeñas industrias: fraguas, papeleras, molinos… La instalación de la fábrica les trae perspectivas bienvenidas, incluso si al principio no abandonan el trabajo de la tierra.

 

Desde Marzo 1893, una represa sobre el río Arc es construida, un túnel de 2 300 metros, así como una cámara de potencia con su conducto forzado, la planta hidro-eléctrica y la fábrica química de 4 000 m2 de superficie cubierta.

 

El 21 de Diciembre 1893, la 1ra luz eléctrica brilla en Prémont.

 

La obra ocupó 350 obreros y la producción de clorato empieza en Mayo de 1894. El 20 de Mayo, el párroco bendice la fábrica, y, en la tarde, un gran banquete reúne en Saint-Michel-de-Maurienne a las autoridades, a los constructores y al personal de la Société d’Electro-chimie.

 

 

La producción química aumentó y se diversificó rápidamente, con, en un primer lugar, el carburo de calcio y luego el permanganato de potasio, el perclorato (el clorato de sodio se usa para la deshierba, el blanqueo de la pulpa de papel, el tratamiento por oxidación de los minerales de uranio, el clorato de potasio se usa para la pirotecnia y la fabricación de cerillas), el aluminato de bario y el hidruro de calcio, el persulfato de sodio, el sodio, y luego de 1907 a 1950, la fabricación de aluminio. Desde 1898, las primeras 1 000 toneladas de sodio son adelantadas. El envase se hace en toneles de madera fabricados en Saint-Michel por la empresa Guigaz, las mujeres de Orelle tejen los sacos de yute que se ponen en el interior.

 

De forma progresiva los del país, de cultivadores, van a transformarse en cultivadores-jornaleros. Una vez terminado el trabajo en la fábrica, los obreros vuelven a ser cultivadores.

 

Pero muy pronto, la fábrica suscita la protesta de los campesinos de la zona: el clorato de sodio demuestra sus aptitudes herbicidas. En 1895, la Société d’Electro-chimie paga 6 000 francos de indemnizaciones y compra progresivamente los predios de los alrededores. Los derechos de paso son muchas veces saldados en acciones o en obligaciones de la Société d’Electro-chimie. Un cambio de maquinaria es realizado en 1896 para limitar esta contaminación. "Los  problemas eran muy graves. El director tenía que enfrentar a más o menos 200 campesinos más astutos y verbosos unos que otros".

 

En 1912, las emanaciones nocivas desprendidas por la fábrica interpelan a los responsables políticos. Recuerdan que la explotación del bosque constituye un ingreso importante para la comuna y que los daños sobre los árboles son importantes. Una encuesta imparcial relativa a los daños ocasionados revela que, efectivamente, los deshechos de la fábrica causan un prejuicio cierto a la vegetación y al bosque. La dirección de la fábrica ofrece abonar una suma de 1 000 francos a titulo de indemnización por todos los daños, suma que se repartirá entre la comuna y la oficina de bienestar.

 

La contratación local no es suficiente para asegurar la buena marcha de la fábrica. Ciertos cargos necesitan empleos calificados (químicos, contables,…). La mano de obra extranjera es bienvenida. El censo de 1926 revela la instalación en la comuna de 10 familias rusas y el de 1936 de 6 familias polacas, además de emigrados italianos.

 

La construcción de alojamientos obreros se torna real. En Prémont, en La Denise, más tarde en Francoz, en Poucet, aparecen construcciones que ofrecen alojamientos decentes a la población. Por cierto reflejan la jerarquía profesional de la empresa: ingenieros, contramaestres y obreros no viven en los mismos edificios!

 

El proceso electrolítico impone que nunca se detenga la producción. La fábrica trabaja 24 horas al día. Los productos manipulados son peligrosos. Estas condiciones de trabajo favorecen el desarrollo de una solidaridad y de una fraternidad obrera importante. Se crean sindicatos, surgen reivindicaciones, se hacen huelgas, sin que nunca se detenga el funcionamiento del proceso electrolítico.

Una política paternalista es desarrollada por los dirigentes:

 

- un consultorio es creado en el seno de la fábrica, donde acuden las familias de los obreros,

 

- una cooperativa obrera se abre en Prémont,

 

- también se abre una cantina.

 

Con la creación del comité de empresa, después de 1945, se desarrollan actividades sociales (colonias de vacaciones, estancias familiares), culturales (biblioteca, círculo artístico de Prémont, orfeón, reuniones recreativas, cine), deportivas (club de esquí, unión deportiva de Prémont).

 

Se abren las mentalidades!

 

De forma incontestable, el nivel de vida de los cultivadores de antes ha subido.

 

En el siglo XX, la historia de Prémont es marcada por catástrofes:

 

- en 1944, las tropas alemanas en retirada destruyen gran parte del patrimonio: la población de La Denise, el puente ferroviario, la planta eléctrica, los conductos, la represa y la bodega central. Las reparaciones se demoran 2 años.

 

- en 1955, y luego sobre todo en 1957, el río Arc desborda: la primera vez, la planta electrolítica es inundada, invadida de piedras y de barro, la segunda vez, la carretera y la vía del ferrocarril son cortadas durante 3 semanas, las obras hidro-eléctricas son muy dañadas. Se repara y la capacidad de producción es aumentada: las 20 000 toneladas de cloratos por año son logradas.

 

En 1966, el centro de investigación de Lyon lleva a Prémont nuevas celdas prototipas con ánodos de titano platinado y en títano revestido de óxido de rutenio. El rendimiento alcanza los 95%. Se puede considerar que es la edad de oro de la fábrica.

 

La Société d’Electro-chimie hace uso de la experiencia adquirida en Prémont para instalar en Brasil una unidad de producción de cloratos de 10 000 a 20 000 toneladas por año.

 

Con la implantación en 1977 de una primera serie de 50 electrolizadores de ánodo de titanio activado, la fábrica gana la copa de las economías de energía de Péchiney-Ugine-Kulhmann!

 

La fábrica tiene 320 empleados en 1939, 145 en 1967, 168 en 1974, 115 en 1982 y 65 en 1985.

 

 

Pero, con la restructuración de la actividad química, la redistribución de las fabricaciones, la competencia de los países escandinavos donde la energía es más barata, el cierre de la fábrica parece ineluctable.

 

La fábrica de Prémont no celebrará su centenario: la producción se detiene en Octubre 1991, el cierre definitivo tendrá lugar en 1992.

 

Es un golpe financiero para la comuna con la pérdida del impuesto profesional, y sobre todo humano, porque la demografía se ve aún más fragilizada.

 

Para renacer, Orelle tendrá, en adelante que orientarse hacia el turismo y los deportes de invierno.

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