épertully_souvenirs d'enfance


 

1900-2011

souvenirs d’un enfant d’épertully

 

l’histoire, les histoires, … et les gandoises

les photos

 

Jean MONNOT

 

sommaire

 

avant la guerre

 

le Café, la vie des gens avant la guerre, on tue le cochon…, santé, médecine, les accidents, Epertully et le spirituel, le Limbé, le Grand Georges, Baptiste SERIGNY, la Fusée, la Bordée, Monsieur COMMEAU, Armand DEBROIS, le 1er mai, histoires de conscrits, la truie saoule, le docteur et les jeunes mariés, le TARET, le père FIQUET, facteur de Nolay, Joseph DEBROIS, Henri LUNEAU, histoires spéciales, les sobriquets, les ânes et les voyous, le cours complémentaire de Nolay, le mont Rême, les ressources de la nature, les fêtes à Epertully, communiste comme une oie, madame BOYER, les MONTENDEY, la famille NIE, les immigrés à Epertully, Miss Tempête, Henri MAUPOIL, mon père et le général, le garde-champêtre, le postal, les roses rouges de la fête, le battoir, les vendanges,

 

pendant la guerre

 

mobilisation générale, les chars allemands, l’approvisionnement, les gendarmes de Nolay, le docteur allemand, le Cacahouète, la zone libre, radio Londres, le 1er bombardement du Creusot, les arrestations, les fusillés, la présence allemande à Epertully, le théatre au profit des prisonniers, les bombardements, l’arrestation de Maître EBER et de Miss Tempête, la communion solennelle de Jean MONNOT, les jeunes d’Epertully des classes 1940 - 1941 - 1942, les réfractaires à Epertully, leçon d’accordéon, libération d’Epertully, musique à la fanfare de Cormot-le-Grand, Docteur Renée LONJARET, libération, les prisonniers allemands,

 

après la guerre

 

études de Jean au cours complémentaire à Nolay, le lycée Carnot à Dijon, Service Militaire, de retour à Epertully, la fermeture de l’Ecole et celle du Café, la vie municipale, l’affaire Hortense JOASSE, changement d’orientation de l’agriculture du village, la politique agricole, arrivée des étrangers à Epertully, suicides divers, période 1970 - 1980, les commerçants de l’époque, l’Eglise, Marie TRUCHOT, élections municipales, Patrick GUILMARD, l’affaire GUILMARD, qu’Epertully continue.

 

 

Epertully, décembre 2011

 

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3 volumes, déposés aux Archives départementales de Saône-et-Loire, à Mâcon, et la Mairie d’Epertully ; aussi  disponibles sur papier ou sur CD

 

nous contacter.

 

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…/…

 

 

extrait

 

 

le Café

 

Cela "coinchait" et "recoinchait" aux cartes, et, avec un "mazagran", le joueur allait chercher une "bollée" de vin blanc chaud avec des pelures d’orange dedans. Une louche était là, pour se servir soi-même. J’étais trop jeune pour savoir comment les gens payaient, en fonction de ce qu’ils buvaient.

 

A cette époque se buvait, à l’heure de l’apéro, l’anisette, mise dans un verre spécial. Et dessus, une cuillère plate métallique, percée de trous nombreux. On plaçait la cuillère à plat sur le verre, et, dessus, on versait l’eau, doucement, pour faire fondre le morceau de sucre.

 

Le vin se vendait au litre ou à la chopine de 50 cl. Quatre clients arrivés : un litre servi. J’ai vu à Saint-Gervais, surtout dans mon enfance, servir un litre pour quatre.

 

Et quand les clients quittaient le Café quatre litres vides restaient sur la table.

 

Ce pays était réputé pour l’alcoolisme.

 

Le docteur VAUDIAUX disait : "Saint-Gervais, ce pays d’alcooliques…". Il s’y est marié avec une fille MONNOT.

 J’ai lu un livre sur la Bretagne, où l’alcoolisme régnait en Maître dans les campagnes.

 

Moi qui habitais le Café, je me suis mis très jeune à jouer au billard à bandes. Mes bras dépassaient tout juste le haut du billard, pour prendre horizontalement la queue permettant de frapper la boule blanche qui m’était affectée. Le billard se jouait à deux. Deux boules blanches et une boule rouge.

 

Quel bonheur quand il m’arrivait de gagner une partie. Le goût m’est resté. Mais les billards sont devenus rares.

 

Dans les campagnes, à cette époque, les clients se plaçaient d’abord à la cuisine. Seulement quand celle-ci était pleine les gens passaient dans la salle de café réelle.

 

Les quelques habitués préféraient la cuisine, où, en même temps, la patronne préparait les repas.

 

Je crois que l’argent n’avait pas la même importance que maintenant.

 

Quand une seule personne était là, à midi, couramment la tenancière disait : "Tu manges avec nous". Sans plus de complication. Une convivialité était l’ambiance dominante.

 

Un brave curé pauvre de Saint-Gervais passait juste avant midi. Il soulevait le couvercle de la gamelle chauffant sur le feu et disait : "Cela sent bon, je m’invite". Tout en souriant finement, sans malice. C’était acquis d’avance, et un amical repas suivait, arrosé comme il convenait.

 

Les représentants de commerce - café et épicerie, une Epicerie jouxtait le Café - mangeaient en toute simplicité à la table commune.

 

Tous les commerçants s’arrêtaient au Café :

 

- boulangers, bouchers, marchands de tissus, ARNOLD, de Thury, père et fils, marchands de souliers, deux fois par an, marchands de drap, vendeurs de dentelles, vendeurs de paniers, souvent des bohémiens, aiguiseurs, …

 

- la maréchaussée, je me souviens, à cheval, à vélo, motorisée ensuite. Les gendarmes souvent violacés et les vélos lourds à pousser, car tremblants. Il n’y avait pas encore d’alcootest,

 

- les différents services de l’Etat : le contrôleur du Cadastre, tous les ans, venait en Mairie et mangeait au Café, les contrôleurs ou inspecteurs des "directes" ou des "indirectes" également, le percepteur, les services techniques : EDF, Téléphone, Ponts et Chaussées…

 

Beaucoup avec un sobriquet.

 

Je me souviens étant très jeune, quand venait au Café un homme de Sauturne, qu’on appelait Cartouche. Pourquoi ? Je ne sais pas. Il venait épisodiquement faire du cinéma muet. C’était un régal.

 

Salle comble et joyeuse avec les aventures de Charlot, en muet.

 

Que de rires de ces gens simples, toujours accablés de travail, sans réjouissances spéciales.

 

Quand j’observe actuellement cette population gavée de télévision, poste TSF, ordinateur, jeux multiples, de plus en plus sophistiqués, pour les enfants…

 

Résultat : personne n’est content. La déprime est à la mode et entretenue pour certains. "Je suis en dep". Cela fait partie du folklore.

 

Les gens tirent des tronches dans les magasins !

 

Plaisanter est devenu une exception jugée morbide ou insolite, vues les têtes.

 

Ma Mère tenait le Café et l’Epicerie.

 

Pour le Café : représentants de vin et apéritifs divers, 

 

Maison JANIN-NALTET à Chalon-sur-Saône,

 

BRASSERIE DE NOLAY, chaque semaine : bière, limonade. Le livreur s’appelait ROLLIN, et avait un pouce coupé à la base. Je me souviens qu’il mettait une épingle sur la table et, avec la peau restante du pouce, il réussissait à saisir l’aiguille. C’était spectaculaire et les clients lui demandaient toujours la démonstration. Ce spectacle insolite m’est resté en mémoire.

 

Remarque : pendant que M. ROLLIN déchargeait ses caisses de bière et autres dans la cave du Café mon frère, de 10 ans mon ainé, était monté dans le camion de caisses de bière et limonade et avait desserré le frein. Le camion partit lentement, la pente étant faible, et s’arrêta dans le mur en face, sur la place de la mairie, sans plus de dommage.

 

Mon frère reçut en récompense une bonne volée de mon père. On ne faisait pas un drame de tout, comme maintenant. Pas d’accident. C’était clos.

 

Pour l’Epicerie :

 

PAILLARD à Autun,

 

GALLAND à Chalon-sur-Saône, maison de gros.

 

Les représentants mangeaient avec nous à chaque passage et étaient devenus des amis.

 

Le représentant THOMAS, de chez GALLAND, venait comme invité à la chasse à  Epertully, par mon père. Il chassait à Saint-Gervais aussi, avec "action". Nous étions reçus à Chalon-sur-Saône, en amis, au grand concours de boules, car M. THOMAS jouait et concourait dans une association de boules.

 

On retrouvait cette convivialité en toute occasion à cette époque. Rien à voir avec le renfermement dans sa cour d’aujourd’hui, et le stationnement devant télévision et ordinateur. Bonjour la communication !

 

C’est là que je ressens mes regrets les plus forts, de cette époque où tout était contact.

 

Ma Mère tenait cette petite Epicerie et ce Café depuis la cession de ses parents.

 

Son père, ouvrier chez COLLOT Jean Marie, qui fut maire d’Epertully. Seul donateur à la commune. Sur une plaque à la Mairie. Ce COLLOT était propriétaire, cafetier, vigneron, agriculteur, entrepreneur de maçonnerie, distillateur l’hiver.

 

Mon grand-père travaillait chez ce "manitou" comme on disait à l’époque. Homme influant et forte personnalité. Il fut Maire d’Epertully. Il était athée et libre penseur, épitaphe mise sur sa tombe au cimetière du village. Peut-être illisible, car noire et sale.

 

Je pense qu’à cette époque il était facile d’entreprendre, car, vues les activités de cet homme, les obligations ne devaient pas être très importantes pour les patrons. Il avait plusieurs employés. L’hiver COLLOT était bouilleur de cru, et je me souviens d’avoir vu son alambic qui restait dans une grange, mais n’était plus à cette date en activité.

 

Mon grand-père m’a conté une anecdote. Un jour il envoie mon grand-père Henri livrer, en fraude bien sûr, une feuillette de marc - 114 litres de "goutte", comme on disait - avec une voiture à cheval jusque dans le Morvan. Je ne sais pas exactement le village.

 

Lors de ce parcours mon grand-père a déchargé seul et rechargé quatre fois le fût, qu’il posait dans un pré. Après avoir reconnu un parcours dangereux, pour la "volante", comme ils l’appelaient à ce moment. Service des "indirectes" qui pourchassaient la fraude d’eau de vie, qui était déjà sous Régie.

 

Il revenait à l’endroit du dépôt, rechargeait et repartait. Tout cela pour quel salaire, je ne sais pas. Peut-être seulement quelque reconnaissance. Les lois sociales n’étaient pas encore là, il fallait faire sans.

 

Je pense que, quelles que soient les opinions, confessionnelles ou non, l’argent a toujours été, et est toujours, dans le monde, le moteur économique.

 

Constat aujourd’hui avec ce monde capitaliste, dans tous les continents, où toutes les religions s’y adaptent malgré leurs morales différentes et sont devenues ce que nous observons aujourd’hui.

 

L’esprit du village n’existe plus.

 

Le commerce rural, Café surtout, était le poumon du village.

 

Tout y gravitait. Activité, le bulletin d’information du pays. Importance vitale. Après la chute du Café, tous les villages ruraux ont perdu leur âme.

 

Le pays est en pleine décadence après la fermeture de l’Ecole, puis du Café, qui symbolisaient la vie réelle du lieu. C’est devenu une loi infaillible. L’Ecole a fermé en 1957 et le Café en 1960, je crois. Déjà une autre vie, une autre ambiance au village, économique et politique. 

 

Plus la même opposition. Les communistes ont participé à une liste commune.


2019 11 15



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