perli (gianese)_souvenirs d'enfance


1940-1950

MES GRANDS-PARENTS PATERNELS

souvenirs de Luciano

Lucien PERLI, petit-fils de Domenico PERLI et de Teresa PERLI

 

Dans ma petite enfance, ma préadolescence (années 1940 et début des années 50), j'ai vécu de longs et mémorables moments auprès de mémé Térésina et pépé Méno, mes grands-parents paternels. La proximité de nos logements respectifs, un étage nous séparait, aidait à ces chaleureuses et quotidiennes rencontres.

 

Un rite, une habitude, à chaque fin de journée, au retour de sa journée de travail, papa passait saluer ses parents.

 

Le dialecte vénitien était de mise lors de leurs conversations, et le vouvoiement respectueux de papa était perceptible et aujourd’hui encore la musicalité de ce patois vénitien résonne agréablement à mes oreilles. Des mots, des gestes, des odeurs me rappellent ces doux instants de partage et de proximité.

 

Souvent en fin de journée, une odeur d’ail fris se propageait dans les quatre étages du bâtiment, où nous logions, au 7, ancienne route de Lyon à Grenoble.

 

J’en déduisais : "Pépé Méno a de la visite".

 

Ma curiosité enfantine m'obligeait alors à passer la porte d'entrée de l'appartement du deuxième étage où logeaient mes grands-parents. Là dans la cuisine, face à face, assis sur une chaise, pépé Méno et un "client"

 

"Qu’est qui vous arrive ? Où avez-vous mal ? "

 

Et au "client - patient" de narrer les péripéties de l’accident domestique ou sportif, chute ou choc, l’obligeant à venir consulter le "rebouteux" du quartier en la personne de pépé Méno.

 

Sur les indications du patient, pépé Méno, passant délicatement ses mains à l'endroit précis du traumatisme (cheville, poigné, genoux, épaule…) pour évaluer la gravité la blessure, le plus souvent, une entorse ou une foulure. Quelquefois sa prospection manuelle laissait planer un doute sur sa responsabilité à trouver une solution de guérison. Alors avec son français approximatif, mélangé à son dialecte vénitien pépé répondait : "jé né pé rien faire pour vous faudra voir uno dottore ! "

 

S'il pensait pouvoir intervenir, il demandait alors à mémé Térésina de préparer le remède miracle: des gousses d'ail taillées en rondelles, puis frites à la poêle dans un bain d’huile chaude. Le mélange tiède, pépé Méno y trempait ses doigts, et puis massait longuement et méthodiquement l’endroit précis de la contusion. Sortaient de la bouche du patient, des ouilles! ouilles! aïe ! aïe ! accompagnés de grimaces significatives exprimant la douleur.

 

La séance se terminait par un miraculeux bandage (Pépé Méno possédait un stock inépuisable de rouleaux de bandes "Velpo"). Ensuite, avec ses recommandations de prudence, pépé Méno accompagnait le patient à la porte, et alors, parfois, en guise de remerciement, une petite pièce, un petit billet passaient de main en main.

 

Comment se sont révélés ses dons de "rebouteux" ? A t’il était initié par un ancien? Existe-t-il un semblant d’hérédité dans la famille pour cette pratique car son plus jeune fils César (décédé en 1994) a perpétué ce don familial durant toute son existence ? De plus, actuellement, deux neveux et nièces, Christophe et Pascale, enfants de mon frère Geo, sont spécialisés dans la kinésithérapie et la médecine chinoise.

 

Dans mes rencontres quotidiennes auprès de mémé Térésina, et pépé Méno, un autre rituel marque ma curiosité enfantine

 

- Bonjour Mme Perli, je viens pour la piqûre !

  

Le patient ou la patiente arrivait alors avec une boîte d’ampoules, et pour l’occasion mémé Térésina devenait "infirmière". 

Dans la cuisine, sur le "gaz", une petite casserole où bouillonnaient seringue et aiguille pour stérilisation. Pour la phase suivante, méthodiquement, délicatement, mémé, fixant l’aiguille sur la seringue, cassait l’ampoule à un bout, rentrait l’aiguille dans l’ampoule, et là, magiquement, le liquide passait de l’ampoule à la seringue. Un brin de coton hydrophile dans une main, la seringue avec l’aiguille dans l’autre main dirigée vers le haut, elle invitait le patient à passer dans la chambre voisine. Pendant des années, combien des résidents de la route de Lyon, ont ainsi "proposé" leurs parties charnues au doigté de mémé Térésina.

 

Je suppose que la pratique de certains gestes médicaux, elle a du les acquérir dans son adolescence au moment du conflit meurtrier de 1915-1918 entre l’Autriche et l’Italie, car les combats font rages jusqu’à son village natal de Vénétie : Vasltagna. Et, par la force des choses, elle aura appris sur le tas. Son savoir-faire ne s’arrête pas là, car elle assistera le médecin de famille dans tous les accouchements des mamans italiennes du quartier. Ainsi pour la naissance de mes deux frères et de moi-même, elle a été là, présente et active un peu comme une sage-femme, c’est ce que Maman nous a toujours affirmé.

 

Après vous avoir narré, respectivement, l’utilité d’une poêle à frire et d’une petite casserole, je ne peux occulter l’inévitable présence d’un troisième ustensile de cuisine qui trône à coté de la cuisinière à charbon dans la cuisine de mémé Téresina : le chaudron en cuivre. A l’intérieur du chaudron, de l’eau à rebord où trempait une grosse spatule en bois, l’eau stagnante aidait la croute noircie de polenta collée aux parois du chaudron, restant de la cuisson de la veille, à se détacher.

 

Ainsi récuré, le récipient était prêt pour la traditionnelle polenta suivante. Jour de polenta… Sur la cuisinière à charbon l’indispensable chaudron en cuivre dans lequel frémissait une bonne hauteur d’eau salée. Puis jetée en pluie dans l’eau bouillante, une bonne quantité de farine de maïs. Alors, de sa main droite, mémé Térésina tournait inlassablement la spatule dans le mélange, d’où, en fin de cuisson, éclaboussaient en surface des petits cratères créés par la liaison eau, air, air, farine de maïs. Puis avec son œil de grand-mère, jugeant la cuisson à point mémé Térésina, un chiffon dans chaque main, empoignait l’anse, et du fond du chaudron se déversait le contenu sur la grande planche rectangulaire qui trônait au milieu de la table. Et oh ! le miracle, la "puenta" (polenta en dialecte vénitien) s’étalait sans dépasser les limites de la planche.

 

Ah ! les puentas de mémé Térésina ou de ma maman Maria ! Elles accompagnaient du lapin cuit avec une sauce à la tomate, avec de la morue salée détrempée la veille et cuite avec du lait (puenta bacala). Avec des herbes blanchies, pissenlits, chicorée (puenta radicicoti), avec une omelette agrémentée de saucisson et de fromage d’Asiago (puenta sopressa e fromagiori) ou tout simplement un mélange de polenta avec du lait en guise de soupe.

  

En comparaison à la polenta piémontaise ou bergamasque, la "puenta" vénitienne ou "vincienne" est un peu plus fluide. Dans mes élaborations de "risotto", j’arrive à titiller en qualité les risottos gouteux de ma mémé Térésina, et de ma maman Maria, par contre mes "puentas" n’ont pas leurs qualités. Ainsi, dans mes  prochains voyages vers mes racines vénitiennes, j’irai prendre conseil auprès de ma cousine Marisa, nièce de mémé Térésina, héritière incontournable de ces recettes traditionnelles et inoubliables.


2018 07 14



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