perli (gianese)_de nos jours


1973

Contrôlé : Bâtard

William TURNES

 

extraits du livre publié par William TURNES en Décembre 2017

 

 

Préface

 

Bienvenue dans l’antichambre de ce livre.

 

L’endroit où les préliminaires s’activent pour bientôt laisser place à la mise à nu ; quelle thérapie pour l’homme qui partage ma vie.

 

Spirituellement attirée par l’invisible c’est ce qui n’est pas écrit qui m’a captivé : les sous-entendus, la réflexion, le débat que ses mots entraînent, car ils sont riches de sentiments, de provocations et s’acoquinent d’incroyables coïncidences. Quel destin, et somme toute, quelle singularité.

 

J’ai traversé cette histoire avec gratitude, victime collatérale de ce chamboulement d’âme que j’accompagne depuis 25 années… lumière.

 

Le cafardage a été fracassant dans la beauté et dans la réussite illusionnées de notre parcours ; il avait pour but la destruction et il a réussi et permis cela. Un effondrement total, il faut l’avouer, qui finalement était celui d’un déséquilibre conditionné.

 

Éjectés de notre zone de confort nous avons su accepter, défier et gérer la fulgurance et l’originalité de la situation.

 

Aboutissant à l’explosion des parenthèses mises autour de mon mari depuis sa naissance et la libération de celui qu’il est vraiment.

 

J’aime les gens, les rencontres, l’échange, l’intelligence, et je vous souhaite pour ces raisons d’être comme moi, happé par son histoire, d’y trouver résonance et légèreté. Je dis qu’il n’y a pas de hasard, merci d’être là et de partager cet émoustillement.

 

Observons nos réactions, acceptons nos différences, remettons en cause nos croyances limitantes, nos certitudes et osons devenir la plus sincère version de nous-même…justement par ce que l’on sème. A l’image de toutes ces personnes d’exception comme notre hôte ici, Wiwi, jardiniers d’émotions.

 

Maryline

 

 

Chapitre III

 

"Ôtez-moi d’un doute"

 

 

"Si j’osais te le dire !"

 

Elle sourit de tout son visage disgracieux, elle reprend son souffle après ses mots si bien préparés. Elle récite à nouveau :

 

"William, naître d’un père inconnu et d’une mère trop connue, est-ce que ça donne un bâtard comme toi ?"

 

Sur le coup je ne comprends pas où elle veut en venir, je me défends comme je peux en essayant de faire bonne figure. C’est à mon tour de prendre le télésiège, je lui souris, je m’assois et je m’envole vers le sommet.

 

Cette phrase résonne en moi, d’abord dans ma tête puis elle vient très vite dans mon cœur. Tout s’organise dans une bousculade effrayante, je réalise instantanément que ce qui vient de se produire va changer ma vie, Quelques mètres, seul sur ce siège ont suffi ; j’ai compris. Durant les quinze minutes de montée, j’ai eu le temps d’analyser, de mesurer l’impact de ces mots, d’appeler mon avocate qui me questionne aussitôt :

 

"Tu penses qu’il peut y avoir quelque chose concernant tes parents ?"

 

Ma réponse est claire :

 

"Oui, je pense"

 

En fait j’en suis persuadé.

 

J’essaie toujours de faire bonne mine mais je verse des premières larmes incontrôlables semblant venir du plus profond de mon corps. Des sensations si désagréables, des ressentis inoubliables et glacials m’envahissent.

 

Lorsque je préviens Maryline, elle comprend immédiatement et mon conseille aussitôt d’appeler ma mère. Je suis catégorique avec elle, pas de faux-fuyant envisageable. Elle est confuse à souhait.

 

" - Je crois qu’il faut qu’on se voie ce soir.

 

- Oui, descendez

 

Maman appelle à son tour Mary en hurlant :

 

" - Qu’est-ce qu’elle nous veut celle là ?"

 

Mary lui conseille d’être claire car l’instant semble important et grave.

 

Après une journée interminable sur les pistes, partagée entre l’angoisse et les interrogations, je passe déposer plainte à la gendarmerie. J’explique ces injures et les questions que je vais devoir éclaircir, car je sens  qu’il faut que je laisse quelques traces. Je retourne chercher Mary pour nous rendre à Jarrier chez mes parents.

 

Le trajet à un parfum très "spécial".

 

" - Mary j’ai compris presque immédiatement. Ils vont probablement nous dire que mon père n’est pas mon vrai père… Mais alors qui est-il ?

 

- Tu vas avoir honte" m’avait-elle dit.

 

Un père que je dois croiser tous les jours, c’est un déchet, une loque… c’est donc ça la honte ? Non non j’ai si peur !

 

Mary tente de me réconforter :

 

" Je pense que ça doit être "untel" qui te ressemble un peu, ou encore "lui" avec qui tu as des affinités, et "lui encore" avec qui tu passes d’agréables moments…"

 

Une sorte de spéculation rassurante cachant la peur qui nous envahit. Au fond de moi, je ne crois pas en tout ça, et m’imagine inconsciemment qu’une toute autre réponse va nous être donnée.

 

Même s’il est vrai que Mary m’a souvent titillé sur ma "non ressemblance" avec mon père, tant physique que comportementale, elle s’était aussi étonnée devant mon acte de naissance bizarrement complété dans la marge, et puis elle a toujours trouvé que j’étais à part dans ma famille, tellement différent.

 

Lucide Mary ! Tout est donc possible maintenant. On arrive devant la maison de mes parents, ce petit chalet aux couleurs sombres mais tellement chaleureux ; j’y ai tant de souvenirs heureux et délicieux.

 

Ce soir, les marches ont un air d’inconnu et j’ai l’impression de découvrir le chemin sous un angle différent.

 

Cela y est ! On frappe enfin et on entre avec appréhension.

 

Mes parents sont là tous les deux, le regard lointain et rempli d’inquiétude. Nous nous asseyons sans attendre.ils sont en face de nous, lointains et inquiets. C’est bien ça…

 

Papa entame :

 

"Qu’est-ce qu’elle nous veut cette connasse ?"

 

Ma réponse est directe :

 

"Je m’en fous d’elle !... Qu’est-ce qui se passe, dites-moi ?"

 

Maman est terrorisée, je le vois, je le sens.

 

Papa prend alors les choses en mains, il prend d’ailleurs les miennes, me les serre fort, elles sont bouillantes. Il ne me lâche pas et me regarde tout à coup fixement :

 

"Je ne suis pas ton père biologique William !"

 

Aussitôt un voile noir envahit ma vision, je crie :

 

"Non, NON, NON ! Pourquoi ? Pourquoi ?"

 

Cette phrase, je l’attendais depuis le matin mais je m’effondre.

 

Tout s’écroule, tout semble se dérober, tout est si trouble et si sombre.

 

Je viens de prendre un coup d’une violence terrible. Un aveu si improbable, comment est-ce possible ?

 

J’ai trente-cinq ans, c’est incroyable, et j’entre à pas de géant dans un véritable cauchemar… Je suis perdu…

 

A partir de cet instant, il me semble que je survole cette histoire.

 

Je pleure de tout mon corps.

 

J’ai vraiment l’impression d’être au-dessus de cette pièce et d’observer la scène.

 

Ce n’est pas moi, c’est incompréhensible.

 

Je pleure à chaudes larmes.

 

Je tente de regarder les autres à travers cet épais et suffocant brouillard.

 

Papa enchaîne alors en tremblant de tout son corps :

 

"Tu as toujours été mon fils, je n’ai jamais fait de différence sans jamais douter d’avoir raison. Quand j’ai connu ta mère, tu avais six mois. Je vous ai pris tous les deux, je t’ai aimé comme mon fils, tu es mon fils."

 

Je lève mes yeux gonflés vers ma mère qui me jette alors des "Pardon, pardon, pardon" en blêmissant.

 

Pas un mot de plus.

 

Elle voit mon désarroi total, mon terrible effondrement, tout est si violent et douloureux.

 

Je n’aurais jamais pu imaginer un tel choc…

 

"Qui suis-je finalement ?"

 

Mes interrogations prennent le devant :

 

"Pourquoi ne m’avoir jamais rien dit ?

 

Vous n’allez pas bien ?

 

Pourquoi m’avoir caché ça ?

 

C’est qui ? C’est qui ?"

 

J’attends cette réponse avec une énorme angoisse est c’est maman qui me répond aussitôt :

 

"Il s’appelle Yvon Perli".

 

Le soulagement a été à la hauteur de mes craintes. C’est donc un inconnu que je ne croise pas au quotidien, semble-t-il. C’est donc pour ça que mon deuxième prénom est Yvon.

 

Et puis dans un instant de lucidité, mon regard s’éclaircit quelque peu.

 

J’observe papa, son nez, sa bouche, ses oreilles, son visage de père… Non, ce n’est pas mon vrai père. Je ne l’avais jamais regardé ainsi et c’est très dérangeant et bouleversant. Je lui avoue alors :

 

"Je ne te vois plus pareil, c’est trop bizarre."

  

J’avais le sentiment de ne plus le connaître.

 

J’entends et vois Mary furieuse. Un instant mes parents tentent de l’écarter de la discussion. A aucun moment elle ne s’effacera de la situation car cette heure de ma vie est trop importante, elle est là et restera là… C’est elle qui partage ma vie, et c’est aussi la sienne qu’on vient de chambouler.

 

"On a voulu te le dire et puis le temps a passé. Ce n’était jamais le bon moment. Maman n’a pas voulu."

 

Elle prend alors la parole :

 

"J’avais promis à Papy de ne jamais te le dire. Il m’a fait jurer."

 

Ces mots ne touchent pas car elle a tort, je le sais… et elle aussi le sait ! Elle est anéantie par ce qui se passe, son secret de trente-cinq ans prend fin. Elle est submergée et maladroite. Elle tente de se justifier, cherche un appui, mais ne reçoit aucun écho de ma part. Pourtant son regard est profond et désespéré.

 

Je ne peux pas accepter ce qui m’arrive, pas comme ça !

 

Je reprends mon souffle, pas mes esprits, je plane toujours au-dessus et reste spectateur de la scène.

 

Je n’arrive pas à assimiler ce trop plein d’émotions.

 

Mary est catégorique malgré leurs réticences :

 

"Appelez Yoan et Charlène, il faut qu’ils sachent maintenant…"

 


2018 11 15



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