perli (gianese)_les temps d'avant


1944

Le jour où mon père…

 

article paru dans le Dauphiné Liberé du 20 août 2014

 

 

HISTOIRE | C’était le 21 août 1944. Son fils raconte au Dauphiné Libéré

 

"Le jour où mon père a sauvé le pont de la Porte de France"

 

La veille de la libération de Grenoble, Guerino Perli, membre des FTPF de Chartreuse, décidait seul et en urgence de sauver l’édifice.

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Dans quelques semaines, Lucien Perli va réunir tous les siens, "même ceux qui habitent loin" devant la stèle du cimetière Saint-Roch où reposent son père Guerino et ses deux oncles Paul et César. Car le 70e anniversaire de la Libération de Grenoble, la Résistance, c’est aussi une histoire de famille.

 

"Il m’avait raconté qu’un jour il était parti de Grenoble à vélo…"

 

"Mon papa et mes oncles étaient des résistants de la première heure. Dès la débâcle, face aux Allemands en 1940, mon grand-père avait réuni ses fils et leur avait dit : "Faut faire quelque chose !". Continuer la lutte contre les nazis. Refuser la résignation. Il faut dire que les Perli avaient déjà quitté l’Italie en 1922 pour fuir le fascisme de Mussolini et qu’en 1940 les trois frères étaient très actifs au sein des Jeunesses communistes. Très vite donc, en mai 1941, le combat politique est devenu un combat souterrain. Au sein des Francs tireurs et partisans français (FTPF) de Chartreuse, Guerino était "Smit" et dans son quartier de la Route de Lyon, il mobilisait les jeunes gens pour constituer des  groupes d’action. Plus tard il organisera la presse clandestine et préparera les sabotages. Lucien, né en 1937, était encore un minot à l’époque et il ne connaissait rien des activités de son père. Lui qui avait été envoyé dans une ferme de Sardieu voyait juste qu’il était énormément absent du domicile familial. "Même ma maman ne savait pas toujours où il était".

 

Il faudra attendre la fin de la guerre pour que Guerino explique (un peu) ses actions au sein de la Résistance. "Il racontait qu’un jour il était parti de Grenoble à vélo pour rejoindre Toulouse, la sacoche pleine de documents secrets. Et qu’il était tombé dans les pommes dans un ravin, d’épuisement… Mais en fait, il n’en disait pas trop. Le détail de ses actions, je l’ai connu par le récit qu’en faisaient ses compagnons d’armes."

 

Et aussi par le Dauphiné Libéré qui, en 1975, avait narré ce qui est resté comme le grand exploit de "Smit". A la mi-août 1944, Guerino avait en effet appris par ses contacts polonais (enrôlés de force par les Allemands) que l’occupant planifiait de détruire le pont de la Porte de France, face à l’arrivée imminente des Américains. Le matin du 21 août 44, soit un jour avant la libération de la ville, il avait donc décidé, seul et en urgence de sauver l’édifice. Avec un des contacts polonais ils ont désarmé les soldats en faction au pied du Jardin des Dauphins, en les faisant prisonniers. Et peu après, Guerino mettait la main sur le stock d’explosifs, anéantissant ainsi le funeste projet des Allemands.

 

Et le 22 août 44, était-il présent dans les rues de Grenoble libérée ? "Tout ce que je sais, c’est que mon père est très vite reparti avec l’armée nouvelle, car les combats contre les Allemands continuaient ailleurs…

 

Et notre famille, même heureuse de la Libération, ne devait pas trop avoir le cœur à faire la fête dans la rue, puisque Paul, le frère de mon père, avait été tué le 11 juin 1944 par les Allemands à Clémencière. Le chagrin était encore trop fort."

 

 

Eve MOULNIER


2021 07 09